Coucou, revoilà le maccarthysme!
Marco Tarchi
Le recours aux méthodes policières pour
faire taire les adversaires n'est qu'un vulgaire expédient, particulièrement ignoble,
dans cette désespérante guerre de position. Pour mener cette guerre, Eco, Rossanda et
les autres vigilants soi-disant ³démocratiques² n'hésitent pas à recourir à des
méthodes dont ils attribuaient l'exclusivité jadis à leurs ennemis: au départ
1) d'une attitude assimilable au racisme (peu importe ce qu'est l'Autre, l'adversaire,
aujourd'hui, peu importe son devenir et son évolution: seules comptent sa provenance, ses
origines; s'il a un passé, même lointain, d'"extrême-droite", il est de toute
façon coupable et doit être lynché. Telle est sa "couleur de peau" et elle
est indélébile; elle le condamne pour la vie) et
2) d'une mentalité typiquement "complotiste" (ce que l'Autre dit ou pense ne
compte pas, pas davantage que le parcours qu'il a accompli ou les évolutions de sa
pensée dont il a fait dûment état: tout éloignement perceptible, incontestable, par
rapport au cliché dont on l'a affublé constitue une preuve complémentaire de sa
perfidie, de sa propension au mimétisme).
L'appel à la constitution de tribunaux de la pensée, l'appel à l'anathème, à l'installation d'un cordon sanitaire, à la marginalisation (qui sont bien sûr toutes des démarches que l'auteur d'Au nom de la rose n'a eu aucune peine à retrouver dans ses archives car son best-seller international prouve que ses connaissances sont immenses en matière d'inquisition) est le corollaire logique de ce projet totalitaire de "normalisation" du consensus universitaire, journalistique et audiovisuel que d'aucuns espèrent pouvoir maintenir longtemps en place dans le contexte de l'actuelle assujettissement aux dogmes du matérialisme occidental.
[...]
Bien que le climat intellectuel italien
soit encore bien éloigné de la stérilité et de l'intolérance transalpines, n'ait pas
l'épaisseur et la pesanteur des hystéries parisiennes, quelques signes nous font tout de
même craindre que l'onde d'obscurantisme et de délation, bénie par Umberto Eco, risque
de s'abattre sur l'ensemble de nos initiatives, ce qui contribuerait dans l'avenir à
réduire comme une peau de chagrin les espaces de liberté qui existent d'ores et déjà
dans le débat intellectuel, espaces qui ont montré en maintes occasions leur fragilité.
Cette agitation hystérique n'ôte rien au devoir qui nous incombe. A nous, hommes et
femmes de la Nuova Destra, et à tous ceux qui nous lisent avec attention,
intérêt ou sympathie, il appartient de réagir énergiquement, avec acharnement et
clarté d'esprit, contre les menaces d'étouffement, en rénovant et en renforçant sans
cesse nos positions. Ils se trompent, ceux qui croient que s'annoncent des temps
d'atermoiement, d'attente, de repentir, de calme plat. Aucun renouveau radical du paysage
culturel européen ne pourra naître si le projet métapolitique auquel nous travaillons
depuis déjà plus de quinze ans ne trouve les canaux adéquats de diffusion et de
transmission. Les raccoursis, les dilutions, les retours au passé, les tentations
d'"alliances" illégitimes pourraient compromettre la réalisation de ces
objectifs de manière bien plus irrémédiable que les attaques venues de l'extérieur.
Notre but: travailler à de nouvelles synthèses idéales situées bien au-delà des
clivages gauche/droite, dans le respect le plus absolu des principes de la liberté
d'expression. Voilà qui est urgent. Accomplir ce devoir de synthèse nous assurera et
assurera à la pensée non-conformiste une légitimité définitive, à laquelle les
nouveaux inquisiteurs, "qui n'ont plus ni idéologie ni programme", sauf de
continuer à hypnotiser la mentalité collective, voudraient aujourd'hui dénier tout
droit à l'existence.
(extrait d'un article paru dans Diorama Letterario, n°169, 1993).
[Synergies Européennes, Vouloir, Septembre, 1993]