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Coopération germano-russe: nouvelles perspectives

Dr. Felix Buck

 

La Russie de l'Ouest, que l'on appelle aussi "Russie d'Europe" a été déterminée, dès les débuts de son histoire, par la rencontre entre Slaves et Germains. Dès le Moyen Age, ce contact s'est perpétué par l'influence de l'Ordre Teutonique et, plus précisément, de la Hanse. L'influence et le dynamisme de celle-ci se sont amplement étendus: depuis le point d'appui qu'elle occupait dans la république princière de Novgorod, le rayonnement de la Hanse a atteint tous les coins de la Russie, jusqu'aux rives de la Mer Noire; et grâce au commerce fluvial, la Hanse a ainsi atteint la Méditerranée.

Dans l'Empire des Tsars, du XVIIième au XIXième siècle, l'élite politique et administrative constituée par la noblesse allemande des Pays Baltes a joué un rôle déterminant. Frédéric II doit la survie de sa Prusse, après la tempête que fut la Guerre de Sept Ans, à l'admiration que lui vouaient les Russes. La tentative de Napoléon de soumettre toute l'Europe à son autorité, a été ruinée de façon décisive par l'alliance entre Prussiens et Russes. Cette alliance salutaire a permis, en 1815 à Vienne, de jeter les bases d'un ordre stable de longue durée en Europe. En 1922, les accords de Rapallo, pris par les deux puissances pour échapper à l'insupportable étranglement économique imposé par les puissances occidentales, ont permis au Reich et à la jeune URSS de survivre grâce à une coopération étroite sur les plans commercial, politique et surtout militaire, lequel, en bien des domaines, a généré une franche camaraderie entre soldats.

La composante géopolitique:

L'Allemagne et la Russie sont deux facteurs de puissance importants sur le continent eurasien, qui se complètent en plus d'un domaine. A l'époque de l'impérialisme, surtout dans sa phase terminale dominée par les idéologies, les constantes et les impératifs de la géopolitique n'ont plus été pris en considération. Les deux guerres mondiales ont été la conséquence de cette négligence. Le conflit germano-russe, ou, plus exactement, germano-soviétique, a été très justement qualifié par Ernst Nolte de "guerre civile européenne", déterminée par l'idéologie. Depuis Gorbatchev, on commence, à Moscou, à reprendre les facteurs géopolitiques en considération et l'on souhaite, dans certains cercles, réamorcer une coopération avec l'Allemagne.

Ceci dit, il faut aussi avoir clairement conscience que la politique d'ouverture et de coopération avec l'Ouest, commencée par Gorbatchev, était motivée par une volonté de maintenir et de consolider la position de l'URSS en tant que puissance mondiale. Eltsine ne conçoit pas les choses fort différemment dans sa gestion de la Fédération de Russie. Conclusion: l'Allemagne doit aller au devant de toutes les possibilités de coopération et les réaliser avec clairvoyance.

La composante économique:

Aux yeux des Russes en général, l'Allemagne est le partenaire privilégié, avant tous les autres Européens et avant les Américains et les Japonais. Pour eux, il s'agit avant toute chose d'améliorer leur propre puissance économique et surtout technologique. Mais toujours à la condition de ne pas se laisser confisquer leur propre marché, dont ils perçoivent parfaitement les potentialités futures. Ils savent par exemple qu'ils détiennent un potentiel sérieux en matière de management: des hommes parfaitement conscients des exigences  que doit satisfaire une classe entrepreneuriale décidant elle-même de la politique à suivre, des hommes prêts à jouer ce rôle salutaire pour l'économie russe.

La composante stratégique:

Les anciennes appréhensions russes à l'égard de la Chine ont été ravivées, vu les prétentions chinoises, de plus en plus perceptibles, à assumer un rôle de puissance mondiale. La Russie doit donc, pour se maintenir face au danger chinois, se chercher une couverture et un ancrage stratégiques. L'appui stratégico-politique que cherche la Russie à l'Ouest implique tout naturellement un partenariat avec l'Allemagne. L'OTAN n'est pas l'organisation idoine à long terme pour assumer ce rôle de couverture, même si, actuellement, elle est la seule organisation militaire supranationale qui fonctionne et qui peut immédiatement être opérationnelle.

Les composantes politiques pour l'avenir de l'Allemagne:

La tâche prioritaire de la politique allemande est d'établir justement une liste des intérêts prioritaires du pays, au départ d'une perspective globale, car le monde entier attend et désire que l'Allemagne joue son rôle et s'engage en tout premier lieu en Europe centrale et orientale. Mais pour amorcer une telle politique, l'Allemagne ne doit pas concentrer trop lourdement son attention sur la Fédération de Russie; la Biélorussie, l'Ukraine, la Géorgie, l'Arménie, la Moldavie doivent être, si possible, traitées en égales, notamment parce que cet espace a besoin de stabilité.

C'est la raison pour laquelle l'espace baltique doit tout spécialement mobiliser nos efforts. L'objectif? Une communauté économique bien intégrée, dans le sens d'une nouvelle Hanse baltique. Cela va sans dire, c'est un objectif qu'il ne faudra pas perdre des yeux, notamment parce qu'il faut donner à la partie septentrionale de la Prusse orientale toutes les chances de survivre. En résumé, il faut mener avec l'Est de l'Europe une politique clairement finalisée, souple et adroite, enclencher une coopération honnête. Cette coopération devrait prendre la forme d'une multitude de points d'appui économiques et commerciaux, qui seraient des "centres allemands", susciteraient le soutien de la classe moyenne et des professions artisanales et offrirait à bon nombre de jeunes allemands une perspective d'avenir. L'exemple du "Singapore German Institute" pourrait être repris et adapté dans une forme analogue pour un certain nombre de zones d'Europe orientale.

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(article extrait de Nation und Europa - Deutsche Monatshefte, 1/1994; adresse: Nation Europa Verlag, Postfach 25 54, D-96.414 Coburg; abonnement annuel pour 12 numéros: 118 DM; lycéens, étudiants, soldats du contingent, avec preuve d'inscription ou d'incorporation: 78,60 DM
 

[Synergies Européennes, Nation Europa (Coburg) / Vouloir (Bruxelles), Janvier, 1994]