Aux origines paiennes de la Croatie
Georges Vujic
C¹est en 626 ap.JC à l¹invitation du Tsar byzantin Heraklius que les croates ( dits des " karpates ") s¹établirent avec une dizaine de milliers de guerriers sur le territoire qui constitue leur actuelle patrie en occupant trois provinces byzantines la Panonie, l¹Ilirik et la Dalmatie. Peuple guerrier à l¹organisation politico-sociale " communautaire ", ils importent avec eux leurs croyances polytheistes d¹origine perso-aryenne et intègrent progressivement les éléments ethniques autochtones iliriens, celtes, ghots, grecs, romains et avars. Ce n¹est qu¹avec l¹arrivée au 7ème siècle et sous l¹influence prosélyte des missionnaires catholiques mandatés et envoyés par Rome que ce peuple assimilera le monothéisme chrétien qui leur était étranger jusqu¹alors.C¹est en 641 que les croates se convertiront pour une majeur partie d¹entre eux à la religion chrétienne grâce à l¹action concertée et convergente du Tsar byzantin Heraklius et le pape Ivan IV originaire de Dalmatie qui envoya son fidèle missionnaire Ivan Ravenjanin évangéliser ce peuple " païen ", et lequel réussira à convertir au christianisme le tout nouveau chef croate Porga. Malgré tout, le processus de christianisation et d¹évangélisation ne se fit pas sans difficultés compte tenu de la subsistance des anciennes croyances polythéistes bien ancrées chez les populations de certaines régions montagneuses difficiles d¹accès. Le polythéisme fut pendant une longue période pratiqué par les croates de la région de Neretlja de sorte que ce territoire fut dénommé la " Paganie ". Parmi les autres peuples slaves, les croates furent les premiers à se convertir au christianisme en s¹imprégant d¹emblée de la culture et des moeurs européennes, de sorte que leur fidélité au Saint-Siège leur a valu dans l¹histoire la qualification de " rempart de la chrétienneté " ( Antemurale Christianitatis ).En dépit de la fidélité inconditionnelle qu¹affiche la croatie à la chrétieneté occidentale et au Saint-Siège ( ce qui sur le plan politique et national ne lui fut pas toujours profitable au cours de son histoire ) les réminiscences et la présence vivante des croyances et des cultes païens restent bien ancrées dans la mémoire collective à travers les mythes populaires, les expressions linguistiques, les traditions folkloriques picturales et ornementales et la subsistance d¹antiques lieux de cultes païens. En effet ces éléments de la spiritualité croate préchrétienne solaire et virile d¹origine perso-aryenne ne demandent qu¹à être revalorisés et réhabilités dans le cadre d¹une démarche synthétisante et convergente avec la tradition chrétienne dominante.L¹origine perso-aryenne des croates est aujourd¹hui historiquement bien établie et reconnue notamment grâce aux travaux et à l¹apport considérable effectués dans ce domaine par l¹historien croate Dominik Mandic.En effet pour la première fois on retrouva l¹appelation croate ( " horvat ") incrustée sur des stelles commémoratives figurants sur les bâtiments publics de la ville de Tanais située à l¹embouchure du fleuve Don sur la mer d¹Azov. Entre le I et III siècle ap. JC dans la cité Tanais vivaient divers peuples perso-aryens sarmates parmi lesquels les croates. l¹Appellation nationale croate est incontestablement d¹origine perse. En effet à travers les recherches de l¹iranologue russe Vsevolod Miller il ressort que l¹appellation croate provient du mot perse Hor-va (t) qui signifie chemin, demeure solaire. L¹historien M. Vasmer fait remonter l¹origine du mot croate du mot " Hu-urvata " qui signifie ami, amicus. D¹autre part toutes les appelations des dignités gouvernementales des croates de l¹antiquité tels que Kralj ( roi ), Ban ( vice-roi ), zupan sont d¹origine perse. Les croyances et les cultes polythéistes des croates de l¹antiquité présentent tous les attributs manichéens et solaires de la spiritualité perso-aryenne: le dieu de la lumière et des ténèbres, le culte du feu, le rite de la crémation pour les morts. De nombreux mots croates à signification religieuse sont d¹origine perse: Bog ( dieu ), vjera ( foi ), zrtva ( victime ), raj ( paradis ), vazam, vapiti ect...
D¹autre part dans le cadre de la cosmogonie perso-aryenne les croates d¹alors divisaient les parties de la terre et u monde en différentes couleurs: la couleur blanche pour la partie occidentale, rouge pour la partie sud, verte pour la partie est et la couleur noir pour le nord. De cette vision cosmogonique naitra la division géopolitique de la croatie blanche occidentale, la croatie rouge du sud et la croatie verte de l¹est. D¹autre part, on retrouve la spiritualité perso-aryenne à travers la tradition architecturale et picturale antique croate dont l¹exemple le plus significatif est le " troplet " croate ( ornement à trois branches entrecroisées ).Les croates importèrent de même de leur antique foyer perse leur damier national blanc et rouge de 64 carreaux.L¹origine perso-aryenne des croates est attestée par une stelle du roi Darius I ( 522-486 av JC ) laquelle mentionne parmi les 23 peuples sujets de l¹Empire perse le peuple croate " Harahvaiti ". La région ou vivaient ce peuple comprenait à cette époque la moitié sud de l¹Afghanistan, la totalité du Beludzistan et l¹est de l¹actuel Iran.Les anciennes croyances polythéistes croates ont trouvées leurs sources et leurs transcription dans les textes sacrés du prophète Zoroastre ( forme hellénisée du perse Zarathoustra ), les Gathas ( hymnes composés par le prophète ) se rapprochants des hymnes indiens antiques du Rig-Veda, ainsi que l¹Avesta le livre saint des zoroastriens ( lui-même divisé en Yasna, la Vispered, le Vendidad, le petit Avesta et les Yashts ) dans lesquels sont révélés de nombreux mythes païens d¹origine prézoroastrienne. L¹ensemble de la cosmogonie perso-aryenne et zoroastrienne se fondait sur la lutte cosmique entre le dieu Ahura-Mazda dieu suprême de la bonté, la sagesse, la connaissance absolue, le créateur du soleil et de la lumière et le dieu-démon Angra-Mainyu l¹esprit du mal qui eouvre constamment à la destruction du monde de la vérité. L¹enseignement zoroastrien implique un dualisme de la lumière et des ténébres, du bien et du mal, entre le dieu et le démon. Mais la spiritualité solaire perso-aryenne des croates s¹est surtout manifestée à travers le culte du dieu Mythra, Mythra étant la divinité la plus connue du panthéon iranien ce qui est dû à l¹extension et à la popularité du mythraisme sous l¹empire romain. Mythra était considéré par les populations perso-aryennes comme le dieu du bon ordre par opposition aux forces chaotiques, contrôlant l¹ordre cosmique et étant associé au feu et au soleil. Divinité solaire il protégeait le juste et châtiait l¹injuste en s¹associant aux guerriers. Cette croyance dualiste se traduisait chez les croates à travers la vénération des lieux de culte qui symbolisaient cette union indissoluble des dualités du bien et du mal, de la lumière et des ténébres lesquelles étaient incarnées par des montagnes et des forêts.De tels lieux de cultes qui portent aujourd¹hui une appellation chrétienne ont été localisés dans les régions qui s¹étendent des Alpes jusqu¹aux Balkans.C¹est ainsi que le culte de " Svante Vid " l¹appelation slave du dieu iranien " Ahura-Mazda " s¹est transformée en la vénération chrétienne croate de Saint Vid; la même christianisation s¹est opérée pour les cultes de Saint Ilija ( dieu du tonnerre ) et de Saint Ivan le Baptiste remplaçants les anciens cultes païens de la lumière et du soleil. A la place des anciens cultes païens dédiés aux divinités des ténébres furent érigés des chapelles et les lieux de pélerinage chrétiens de Saint Archange Michel et Saint Georges, les légendaires vainceurs des forces démoniaques des ténèbres. De tels lieux de cultes païens christianisés furent retrouvés dans les régions croates de Dalmatie à kastel Lastve ( Petrovac ), à Lucinski Vira, dans le village de Bogetic dans la commune d¹Oklaj, à Kastel Luksic à côté de la ville de Makarska, dans la région de Nin à Vinodol, à Vidovo sur l¹île de pag ( qu¹on appelait à juste titre l¹île des païens " insula paganorum ").les noms perso-aryens qui personnifiaient les diverses divinités du dualisme zoroastrien connurent la même transformation sémantique: Svantevid ( Ahura-Mazda ) est devenu Belbog, Dabog, Davor, Jakobog, les divinités du printemps reçurent les noms de Lada, Vesna ect.... Les anciens cultes païens " naturalistes " dédiés aux monts, aux bois et aux arbres trouvent encore aujourdh¹ui des réminiscences dans les fêtes populaires tels que le " Djurdjevdan " et celle du 1er Mai dans certains villages sirués autour de la ville de Karlovac.Un témoignage flagrant de la présence vivante des croyances païennes en Croatie réside dans les coutumes et moeurs populaires des paysans croates de Vlasic planini près de Travnik qui encore aujourdh¹hui persistent chaque matin à la place du signe de la croix de pratiquer leur ancien culte solaire en se tournant vers l¹est au levée du soleil pour implorer son aide et sa force les bras tendus.La même persistance du culte païen guerrier se vérifie aujourdh¹ui à Turopolje près de Zagreb par la bénédiction saisonnière des chevaux le jour de Saint Stjepan le martyr.D¹autre part les traditions tisseranes et ornementales de certaines régions croates témoignent de la subsistance de symboles préchrétiens perso-aryens ( comme à Obrovac dans le nord de la Dalmatie ): les motifs stylisés animaliers, le symbole de l¹arbre de la vie.La spiritualité manichéenne perso-aryenne des anciens croates se perpétuera du 13ème siècle au 16ème siècle en Bosnie par l¹organisation de la communauté Bogomil. Cette croyance fut importée en Bosnie par un prêtre orthodoxe bulgare ( contemporain du Tsar Bulgare Pierre 927-969 ) lequel a rénové et propagé en bulgarie la croyance manichéenne en les dieux du bien et du mal, en réfutant le baptême par l¹eau, l¹institution du mariage, les églises et les autels. Sur le territoire croate oriental de la Bosnie fut fondé en 990-1018 un évêché Bogomil dont la juridiction couvrait l¹ensemble des terres croates ( Ecclesia Sclavoniae ). Les croayants et les disciples Bogomil furent dénommés les " parfaits " ( ce qui n¹est pas sans rappeler les " illuminés " des cathares ) ou les chrétiens bosniaques ( Krstjani ), et vivaient dans des communautés monastiques en menant une existence d¹hermite. L¹an 1203 à Bilino Polje près de la ville de Zenica, la communauté des Bogomil a reconnu l¹autorité du Pape Innocent III et ils furent ainsi reconnus officiellement comme catholiques par le légat du Pape Ivan de Casamare. Cela n¹empêchera pas pourtant de voir tout au long du 13ème siècle et jusqu¹au 16ème siècle, progressivement disparaître cette croyance païenne sous l¹action et les efftes conjugués des sanguinaires croisades menées par l¹Herceg ( chef militaire ) croate Koloman à l¹instigation de l¹évêque Ugrin contre les adeptes de cette croyance et les conversions massives au catholicisme pratiquées par les missionnaires fransicains sur ordre du Pape Benedikt XII ( 1334-1342 ) et du général de l¹ordre des franciscains Gerald Eudes.
Aujourd¹hui la Croatie, creuset des cultures germaniques, celtiques et slaves, pays " catholique romain " par excellence parviendrait à revitaliser son catholicisme intransigeant qui trop souvent se réduit à un simple ritualisme nivelleur de masse, en puisant dans ses racines païennes et en incorporant synthétiquement les éléments de cette croyance trop souvent reléguée au simple rôle de folklore.
[Synergies Européennes, Nouvelles Européennes, Avril, 1996]