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Réflexions diverses sur le sens et les objectifs de notre action

Message aux militants du GRECE pour le bulletin intérieur de cette association (Le Lien, printemps 1989)

Robert Steuckers.

 

Si notre sensibilité, notre mouvement de pensée au sens le plus large, a connu une phase directe-ment politique au cours des années 1960-1979, elle a connu une phase métapolitique ascendante entre 1970 et 1980, avec pour point culminant la campagne de l'été 1979 et l'occupation de la ru-brique "Idées" par Alain de Benoist dans les colonnes du Figaro-Magazine. A la suite de cela, notre mouvement a connu une phase d'apogée entre 1981 et 1984, marquée par une radicalisation crois-sante de notre discours, notamment quant à notre anti-américanisme/anti-occidentalisme et à nos options non libérales en économie. Les droites régimistes ayant opté pour l'une ou l'autre version du néo-libéralisme importé d'Outre-Atlantique, notre mouvement, refusant de trahir ses options profondes, a préféré connaître une phase de stagnation voire de recul, laquelle a commencé vers 1983-84. Disons-le d'emblée: il valait mieux ne pas céder aux mirages du néo-libéralisme, qui ne restera qu'un engouement passager, qu'une séduction sans lendemains, et approfondir notre dis-cours anti-libéral; le dernier numéro de Nouvelle Ecole constituant une première étape dans ce sens.
Face à notre repli stratégique, qui, aux yeux des esprits paresseux et peu clairvoyants, représente un échec, se déroulent diverses tentations politiques: noyauter le RPR, noyauter le FN, se four-voyer dans un quelconque circuit groupusculaire. Si ces stratégies peuvent apporter quelques opportunités passagères ou permettre le recrutement de quelques personnalités, elles revêtent évi-demment une utilité non niable. En revanche, il conviendrait que nos amis sachent que ces straté-gies politiciennes ne sont pas l'essentiel, vu que les options majeures des partis, qui font l'objet d'un noyautage somme toute très périphérique, restent diamétralement opposées à nos analyses. Les amis tentés par un quelconque exercice de noyautage doivent rester pleinement conscients du fait que notre volonté métapolitique, exprimée par notre groupement de recherches, demeure la seule stratégie rentable à long terme.
Cela signifie que, malgré toutes les formes d'adversité que nous pourrions rencontrer, la priorité doit toujours être accordée au recrutement d'un noyau dur d'hommes et de femmes conscients des enjeux réels, dotés d'une solide culture politique et historique. Ce noyau nous devons le vouloir en expansion constante même si une telle expansion sera nécessairement lente, puisque les qualités intellectuelles des personnes que nous recrutons sont par définition très au-dessus de la moyenne. Nous offrons un foyer de réflexion très élitaire, non assorti de positions politiciennes lucratives. Il faut dès lors du caractère et de la volonté pour entrer et rester chez nous. Pas de place pour les opportunistes et les intéressés! Pas de place non plus pour les nervis échaudés qui se contentent de quelques slogans sommaires!
Mais que signifie l'expansion pour nous, aujourd'hui?
Essentiellement le recrutement de quatre catégories d'individus.
1. Des organisateurs et des techniciens.
C'est-à-dire des hommes et des femmes capables d'organiser des manifestations publiques ou in-ternes sans "couacs", tout en sachant mobiliser les infrastructures techniques nécessaires. Dans leur zone d'action, ces hommes et ces femmes doivent être en mesure de mobiliser l'appareillage technologique (informatique, imprimerie, matériel cinématographique, etc.) qui permettra à nos idées de croître et de se diffuser au moindre coût. Ils seront aussi de bons gestionnaires capables de faire le maximum de choses avec le minimum de fonds. Une autre tâche pour les organisateurs: voir de combien d'ordinateurs et de combien d'automobiles peut disposer le noyau de leur région; les ordinateurs peuvent saisir des textes; les automobiles, transporter des amis et des sympathi-sants pour se rendre aux conférences et colloques.
2. Des intellectuels.
Les organisateurs auront pour tâche de repérer les intellectuels qu'il rencontreront dans leurs zones d'influence. A ces intellectuels, on demandera de céder leurs textes (mémoires universi-taires déjà écrits, articles, lettres de lecteurs, interviews, etc.), lesquels devront être répartis entre nos différentes revues, à fins de publication. Le mot d'ordre: impliquer et donner tribune. Un conseil: ne jamais braquer les intellectuels en voulant absolument en faire des colleurs d'affiche ou des praticiens de l'agit'prop directe; telle n'est pas leur vocation.
3. Un public.
Les organisateurs veilleront à bien "scanner" le public des conférences, de manière à aborder à bon escient les éventuelles courroies de transmission vers les milieux autres que les nôtres: par-tis politiques, groupuscules (où s'impliquent souvent pour la première fois des individus très jeunes et par conséquent récupérables à moyen terme), clubs (méta)politiques divers, adversaires que l'on neutralisera par un dialogue intellectuel de haut niveau, etc.
4. Les linguistes.
Notre courant de pensée a toujours eu une qualité: celle d'avoir pu jouir d'un "poumon extérieur". La rénovation du discours intellectuel français par la Nouvelle Droite a été possible grâce à une adaptation pédagogique de philosophies anglo-saxonnes (empirisme logique, discours sur le QI, sociobiologie) ou allemandes (Révolution Conservatrice, archéologie indo-européenne, paganisme, Konrad Lorenz, anthropologie, etc.). Ces thématiques ont leur racines à l'étranger, elles sont par conséquent étrangères au ronron conformiste français. En les mobilisant contre le discours domi-nant, nous jouissons donc d'un poumon extérieur, d'une précieuse réserve de munitions idéolo-giques. Pour pouvoir jouir au maximum de ce poumon, nous avons besoin d'énormément de traduc-teurs ou de gens capables de lire et de résumer des livres anglais, allemands, italiens, etc. Les or-ganisateurs veilleront dès lors à repérer les talents linguistiques épars dans notre public et à les canaliser vers le Secrétariat Etudes et Recherches.

Dans la recherche de techniciens, les organisateurs devront être bien conscients de la révolution technologique que constitue la PAO (Publication Assistée par Ordinateur), laquelle réduit considé-rablement les coûts de production de textes. Le samizdat néo-droitiste est moins onéreux au-jourd'hui qu'hier: une réalité à ne pas oublier.

En bref: il faut recruter peu mais recruter bien.

Une dernière recommandation pour aujourd'hui: inciter nos militants à être mobiles. Une partici-pation maximale à nos séminaires et colloques est indispensable: le maximum d'efforts doit être bien entendu fourni pour le colloque annuel du GRECE, mais aussi pour les séminaires parisiens et certaines manifestations à l'étranger, notamment pour les linguistes. Dans cette catégorie, je cite-rai pêle-mêle: les séminaires et colloques de Bruxelles (EROE), de Genève (Cercle Proudhon), de Londres (IONA/The Scorpion), d'Allemagne (GDS et Burschenschaften). Ces manifestations sont non seulement idéales pour la formation intellectuelle mais aussi pour les contacts, d'où peuvent ré-sulter des intérêts personnels à ne pas négliger, et pour l'amitié qui naît entre gens qui voyagent régulièrement ensemble. Un convivialisme réellement communautaire surgit quasi automatique-ment au départ de telles pratiques.

Dans un second volet de recommandations, à paraître dans un prochain Lien, j'attirerai votre atten-tion sur deux choses: 1) Connaître notre mouvement de pensée dans l'Hexagone et en Europe; 2) Connaître et rénover les grands thèmes de notre Weltanschauung.

En attendant, chers camarades, bon travail!


 
[Synergies Européennes, GRECE (Le Lien), Avril, 1989]